{"id":32,"date":"2009-02-16T08:09:02","date_gmt":"2009-02-16T07:09:02","guid":{"rendered":"http:\/\/127.0.0.1\/wordpress\/?p=32"},"modified":"2009-04-04T10:27:21","modified_gmt":"2009-04-04T09:27:21","slug":"les-histoires-de-lepoque-racontees-par-les-anciens","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.anciens-isp-lille.com\/?p=32","title":{"rendered":"Les Histoires de l&#8217;\u00e9poque racont\u00e9es par les Anciens"},"content":{"rendered":"<p><a name=\"Bombardement\"><strong>Bombardement de Lomme<\/strong><\/a><\/p>\n<div id=\"attachment_33\" style=\"width: 605px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-33\" class=\"size-full wp-image-33\" title=\"lomme\" src=\"http:\/\/www.anciens-isp-lille.com\/wp-includes\/docs\/Memoires\/lomme1.JPG\" alt=\"Les bonbardements\" width=\"605\" height=\"287\" \/><p id=\"caption-attachment-33\" class=\"wp-caption-text\">Les bonbardements<\/p><\/div>\n<p>Oui, clair ce le fut vraiment, aveuglant m\u00eame, vers minuit trente. Inoubliable, cette vision du ciel illumin\u00e9 de centaines de fus\u00e9es \u00e9clairantes, dans un vrombissement de bombardiers et le signal lugubre des sir\u00e8nes.<br \/>\nLa Communaut\u00e9 de cette \u00e9poque comptait 18 fr\u00e8res. Nos chambres occupaient l\u2019aile du deuxi\u00e8me \u00e9tage de l\u2019\u00e9cole (depuis transform\u00e9es en classes) donnant sur la rue Denfert-Rochereau (aujourd\u2019hui St Jean-Baptiste de La Salle).<br \/>\nNous \u00e9tions donc aux premi\u00e8res loges pour voir ce spectacle qui pr\u00e9ludait aux bombardements de Lille-D\u00e9livrance, les Bois-Blancs, Lomme.<\/p>\n<p>En quelques minutes ce fut une ru\u00e9e de nous tous vers les abris des sous-sols de St Pierre.<br \/>\nRapidement les bombardements commenc\u00e8rent. A chaque explosion de bombes, les murs vibraient. Nous formions un petit groupe pitoyable, muets, recroquevill\u00e9s sur nous-m\u00eames, attendant le pire d\u2019une minute \u00e0 l\u2019autre.<br \/>\nCombien de temps cela dura-t-il ? Deux heures peut-\u00eatre, une \u00e9ternit\u00e9 pour nous, \u00e9treints par l\u2019angoisse.<br \/>\nQuand le calme sembla r\u00e9tabli et qu\u2019on put refaire surface, on se rendit compte que St Pierre n\u2019avait pas re\u00e7u d\u2019impacts directs, mais que toutes les vitres de la fa\u00e7ade avaient vol\u00e9 en \u00e9clats sous le souffle&#8230;<br \/>\nLe spectacle de d\u00e9solation \u00e9tait diff\u00e9rent dans le secteur proche des Bois-Blancs et de Lomme. Des quartiers d\u00e9truits, des corps ensevelis sous les d\u00e9combres.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-thumbnail wp-image-35\" title=\"Le Nord Pas de calais dans les mains allemandes\" src=\"http:\/\/www.anciens-isp-lille.com\/wp-includes\/docs\/Memoires\/lomme3.JPG\" alt=\"Le Nord Pas de calais dans les mains allemandes\" width=\"295\" height=\"304\" \/><\/p>\n<p>Les jeunes de la Communaut\u00e9 faisaient partie de la \u00ab D\u00e9fense passive \u00bb. Ainsi, pendant toute cette semaine des vacances de P\u00e2ques, notre groupe aida-t-il \u00e0 fouiller les d\u00e9combres pour retrouver des cadavres ou des lambeaux de corps.<br \/>\nA Lomme, la Brasserie Marcant avait \u00e9t\u00e9 transform\u00e9e en morgue pour recevoir les victimes.<br \/>\nLe souvenir le plus \u00e9mouvant qui me reste est celui de la disparition de notre \u00e9l\u00e8ve de 3e, Pierre BESAGNI, ainsi que de ses parents et sa s\u0153ur. Il habitait Lomme. La maison voisine ayant \u00e9t\u00e9 \u00e9cras\u00e9e par une bombe, la leur fut compl\u00e8tement souffl\u00e9e et effondr\u00e9e. Pendant des heures on essaya de d\u00e9blayer les d\u00e9combres pour atteindre la cave o\u00f9 on les croyait. En r\u00e9alit\u00e9 la mort les avait pris de vitesse. On les d\u00e9couvrit l\u2019un derri\u00e8re l\u2019autre dans l\u2019escalier qui menait \u00e0 leur cave, le souffle les avait \u00e9cras\u00e9s contre le mur. Triste ironie du sort, Pierre avait pass\u00e9 l\u2019apr\u00e8s-midi et la soir\u00e9e \u00e0 animer un spectacle pour les enfants du patronage. Il venait de rentrer chez lui et portait encore le casque de la d\u00e9fense passive. Il aurait aujourd\u2019hui 76 ans. Pour moi, il restera le jeune homme de 16 ans ouvert et g\u00e9n\u00e9reux tel qu\u2019il appara\u00eet sur une photo de classe de cette ann\u00e9e 1944.<br \/>\nPour les plus jeunes g\u00e9n\u00e9rations ces \u00e9v\u00e9nements ne sont plus qu\u2019un lointain souvenir, presque un fait-divers de l\u2019histoire.<\/p>\n<p>Notre \u00e9poque a, depuis, connu tant d\u2019affrontements, de guerres, d\u2019attentats, que la violence s\u2019est presque \u00ab banalis\u00e9e \u00bb. Tr\u00e8s peu de coll\u00e8gues de ces ann\u00e9es 40 vivent encore.<\/p>\n<div id=\"attachment_36\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-36\" class=\"size-medium wp-image-36\" title=\"Victor Boulinguez\" src=\"http:\/\/www.anciens-isp-lille.com\/wp-includes\/docs\/Memoires\/lomme2.JPG\" alt=\"Professeur \u00e0 St Pierre de 1939 \u00e0 1967\" width=\"600\" height=\"210\" \/><p id=\"caption-attachment-36\" class=\"wp-caption-text\">Professeur \u00e0 St Pierre de 1939 \u00e0 1967<\/p><\/div>\n<p>\n<p class=\"TitreArticle\"><span class=\"Style4\"><strong>Me v\u2019la, me v\u2019la.<br \/>\n<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Alors ne me demandez pas trop de dates et de noms parce que c\u2019est vraiment pas mon truc. Disons que \u00e7a devait se passer autour de l\u2019ann\u00e9e 1965.<\/p>\n<p>Je faisais partie d\u2019une \u00e9quipe d\u2019enfants de ch\u0153ur qui accompagnait les retraitants de la Semaine Sainte \u00e0 Beaucamp-Ligny. Claude Ho\u00ebl, le grand ma\u00eetre des c\u00e9r\u00e9monies musicales et chorales, \u00e9tait pr\u00e9sent bien s\u00fbr. L\u2019Armenti\u00e9rois nous avait d\u00e9j\u00e0 bien faits rire dans son style pince-sans-rire, avec sa c\u00e9l\u00e8bre \u00ab louche p\u00e9ruvienne \u00bb qui lui avait valu tant de victoires dans des parties de volley-ball, d\u00e9tente bien m\u00e9rit\u00e9e apr\u00e8s les r\u00e9p\u00e9titions.<\/p>\n<p>Du travail donc, mais aussi de la d\u00e9tente. D\u2019o\u00f9 le pari insens\u00e9 entre Claude et nous avant la Messe de Minuit, celui d\u2019aller l\u2019encenser pendant la c\u00e9r\u00e9monie. Claude se tenait \u00e9videmment \u00e0 l\u2019harmonium sur le c\u00f4t\u00e9, dans la nef de la petite \u00e9glise du village. Et de fait, au moment ad hoc, nous avons encens\u00e9 l\u2019autel, le pr\u00eatre (M. Delahoutre, je crois), la foule, mais au lieu de nous en tenir l\u00e0, nous avons remont\u00e9 l\u2019all\u00e9e centrale jusqu\u2019\u00e0 l\u2019harmonium. L\u00e0, Claude s\u2019est arr\u00eat\u00e9 de jouer, il s\u2019est lev\u00e9, nous l\u2019avons encens\u00e9, il s\u2019est inclin\u00e9 pour saluer, s\u2019est rassis et s\u2019est remis \u00e0 jouer.<br \/>\nVous imaginez la stupeur g\u00e9n\u00e9rale pendant que nous rejoignions l\u2019autel sous le regard furibard de l\u2019abb\u00e9. Mais le plus dur en ce qui me concerne consista \u00e0 essayer (en vain) de ma\u00eetriser l\u2019irr\u00e9pressible fou rire qui s\u2019\u00e9tait empar\u00e9 de moi.<br \/>\nAutre souvenir qui concerne un autre grand pince-sans-rire c\u00e9l\u00e8bre \u00e0 Saint Pierre, \u00e0 savoir LE surveillant g\u00e9n\u00e9ral, Monsieur Leli\u00e8vre. Quelqu\u2019un l\u2019a fait, je ne sais pas qui, mais je revois encore ce lapin attach\u00e9 \u00e0 la porte de son bureau. Vision r\u00e9jouissante pour un lundi matin et hommage \u00e0 l\u2019humour de ce surg\u00e9 charmant (donc redoutable).<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>Cordialement<br \/>\nJean-Louis Pinchon<\/em><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-thumbnail wp-image-37\" title=\"Les enfants de choeur\" src=\"http:\/\/www.anciens-isp-lille.com\/wp-includes\/docs\/Memoires\/choeur.JPG\" alt=\"Les enfants de choeur\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/p>\n<p><a name=\"Classe\"><strong>Une journ\u00e9e de classe \u00e0 Saint Pierre avant 1940<\/strong><\/a><\/p>\n<p>A cette \u00e9poque, la pri\u00e8re rythmait notre journ\u00e9e. D\u2019abord, chaque jour nous assistions \u00e0 la messe dans l\u2019ancienne chapelle ; en classe &#8211; le matin comme l\u2019apr\u00e8s-midi &#8211; nous r\u00e9citions une petite pri\u00e8re avant et apr\u00e8s la r\u00e9cr\u00e9ation ; le midi, pri\u00e8re, et le soir, pri\u00e8re du soir &#8211; qui \u00e9tait un peu plus longue.<\/p>\n<p>Avant de rentrer en classe, nous devions endosser un \u00ab pare-poussi\u00e8re \u00bb et accrocher nos manteaux dans le couloir ou au fond de la classe, puis regagner notre place habituelle. Celle-ci nous \u00e9tait assign\u00e9e par le professeur. Nous \u00e9tions parfois 50 \u00e9l\u00e8ves par classe, nos bureaux bien align\u00e9s ; le sien tr\u00f4nait au milieu de l\u2019estrade.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-thumbnail wp-image-38\" title=\"Petit Ange...\" src=\"http:\/\/www.anciens-isp-lille.com\/wp-includes\/docs\/Memoires\/classe1.JPG\" alt=\"Petit Ange...\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/p>\n<p class=\"ArticleTexte\">Quand nous sortions de la classe pour la r\u00e9cr\u00e9ation : c\u2019\u00e9tait en rang et en silence ; le midi et le soir, toujours en rang et en silence bien s\u00fbr, nous devions suivre le troisi\u00e8me carreau rouge du dallage du couloir, sous le regard s\u00e9v\u00e8re du Tr\u00e8s Cher Fr\u00e8re Directeur.<br \/>\nLa sortie se faisait par la grand porte du 18, rue Denfert-Rochereau (rebaptis\u00e9e apr\u00e8s la guerre, rue Saint Jean-Baptiste de La Salle) ; pour ceux qui repartaient en v\u00e9lo, par la porte du garage.<br \/>\nLa cour des r\u00e9cr\u00e9ations \u00e9tait divis\u00e9e en 4 pour que les 4 classes de l\u2019\u00e9poque soient en r\u00e9cr\u00e9ation en m\u00eame temps. Les Chers Fr\u00e8res l\u2019arpentaient par le milieu dans un sens puis dans l\u2019autre. Nous jouions souvent au jeu du drapeau.<\/p>\n<p class=\"ArticleTexte\">Certains \u00e9l\u00e8ves des grandes classes avaient cours le dimanche matin, cours d\u2019allemand et de fran\u00e7ais\u2026 apr\u00e8s la Grand Messe, bien entendu !<br \/>\nNous allions en classe tous les jours de 8h \u00e0 12h et de 14h \u00e0 17h, sauf le mercredi apr\u00e8s-midi (pour les \u00e9coles la\u00efques, c\u2019\u00e9tait le jeudi apr\u00e8s-midi). Le samedi nous sortions \u00e0 16h.<\/p>\n<p>Ah ! j\u2019oubliais ! toutes les heures, le Cher Fr\u00e8re qui nous faisait classe, lan\u00e7ait \u00ab Souvenez-vous que nous sommes en pr\u00e9sence de J\u00e9sus-Christ \u00bb et nous r\u00e9pondions \u00ab Et adorons-le \u00bb.<\/p>\n<p align=\"right\"><em>Jacques Beuscart <\/em><\/p>\n<p align=\"right\"><em>(qui aura bien m\u00e9rit\u00e9 sa place au paradis !)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\" align=\"right\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-thumbnail wp-image-39   aligncenter\" title=\"Chapelle\" src=\"http:\/\/www.anciens-isp-lille.com\/wp-includes\/docs\/Memoires\/classe2.JPG\" alt=\"Chapelle\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><a name=\"Vacances\"><strong>Vacances au phare de l&#8217;\u00eele vierge<\/strong><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-thumbnail wp-image-40  aligncenter\" title=\"Vacances\" src=\"http:\/\/www.anciens-isp-lille.com\/wp-includes\/docs\/Memoires\/vacance1.JPG\" alt=\"Vacances\" width=\"150\" height=\"128\" \/><\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait en juillet 1947&#8230; Depuis sept ans, nous n\u2019avions pas eu de vacances. Il y avait eu la guerre, la d\u00e9b\u00e2cle de mai 40, l\u2019occupation, puis la Lib\u00e9ration et le rationnement permanent. A pr\u00e9sent, on voyait un peu plus clair. L\u2019Institution Saint Pierre d\u00e9cide d\u2019organiser une escapade de trois semaines en Bretagne pour les ados. Destination : un coll\u00e8ge de Plouguerneau, tout en haut du Finist\u00e8re. Nous sommes une trentaine \u2013 ou peut-\u00eatre plus \u2013 inscrits pour cette colonie dont j\u2019ai gard\u00e9 le meilleur souvenir. Voici quelques extraits de mon journal de bord de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p>Jeudi 24 : Nous prenons le train postal qui d\u00e9marre de la gare de Lille \u00e0 23 h 15. Arriv\u00e9e \u00e0 Paris \u00e0 4 h 10 (\u00e9videmment ce n\u2019\u00e9tait pas un TGV). Les banquettes sont dures et personne n\u2019a beaucoup dormi, m\u00eame le fr\u00e8re Floribert qui fait bonne figure et nous entra\u00eene, \u00e0 pied, vers le Sacr\u00e9 C\u0153ur. On assiste \u00e0 la premi\u00e8re messe de 6 heures. Certains ont eu le courage de chanter. Moi, j\u2019ai franchement roupill\u00e9, je le confesse. Et \u00e0 \u00ab l\u2019Ite Missa est \u00bb tout le monde dormait.<br \/>\nVendredi 25 : Apr\u00e8s le petit d\u00e9jeuner \u00e0 la Procure g\u00e9n\u00e9rale des Fr\u00e8res, direction la gare Montparnasse. Nous sommes bien install\u00e9s mais la travers\u00e9e de la Beauce, cette grande plaine vide, immense, br\u00fbl\u00e9e par un soleil de plomb, nous donne le coup de gr\u00e2ce. Avant Chartres, coup de frein et crissement de roues sur les rails. Arr\u00eat sans buffet : la temp\u00e9rature du compartiment devient \u00e9touffante. Les voies de chemin de fer avaient \u00e9t\u00e9 rafistol\u00e9es apr\u00e8s les bombardements alli\u00e9s : certaines \u00e9taient encore d\u00e9faillantes.<br \/>\nApr\u00e8s le Mans et Rennes, des gares bien d\u00e9vast\u00e9es, nous parvenons enfin \u00e0 Brest, encore plus ravag\u00e9e, sur le coup de 20 heures. Un car nous emm\u00e8ne \u00e0 Plouguerneau, par des routes en lacets et des mont\u00e9es et descentes vertigineuses. Moi qui croyais que la Bretagne \u00e9tait comme la Flandre, un plat pays. Mais c\u2019est magnifique ! Surtout dans le soleil couchant.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-thumbnail wp-image-41    aligncenter\" title=\"M Sailly\" src=\"http:\/\/www.anciens-isp-lille.com\/wp-includes\/docs\/Memoires\/vacance2.JPG\" alt=\"M Sailly\" width=\"90\" height=\"150\" \/><\/p>\n<p class=\"ArticleTexte\">Dimanche 27 : C\u00e9r\u00e9monie du souvenir, au village, des morts des deux guerres. Monsieur Sailly, le terrible prof de gym que tout le monde craint mais qui, dans le fond, est d\u2019une tr\u00e8s grande gentillesse, nous emm\u00e8ne pour d\u00e9filer au pas cadenc\u00e9. Gauche ! Gauche !<br \/>\nLa fanfare se compose de trois trompettes et d\u2019un tambour. On se rend \u00e0 l\u2019\u00e9glise o\u00f9 les bretonnes sont tout en noir, coiff\u00e9es d\u2019un bonnet de dentelles blanc et les hommes portent un chapeau rond avec une boucle d\u2019argent qui retient un ruban. Tout \u00e0 fait le monde de B\u00e9cassine. Le sermon est donn\u00e9 en celtique pendant 40 minutes. Quel pensum !<\/p>\n<p>Mercredi 30 : Pour les plus grands, promenade en barque sur l\u2019Aber Wrac\u2019h. Quand on arrive la mar\u00e9e n\u2019est pas encore tr\u00e8s haute et on s\u2019enlise dans la boue. Il para\u00eet qu\u2019il y a plus de 6 m de vase dans cet estuaire. Jadis c\u2019\u00e9tait un puissant fleuve qui a creus\u00e9 une vall\u00e9e immense. On passe sous le pont de Paluden et on se retrouve en mer. La mar\u00e9e se fait sentir tr\u00e8s loin et tr\u00e8s fort. Plus de 9 m\u00e8tres, presque la baie du Mont St Michel. C\u2019est magnifique !<\/p>\n<p>Jeudi 31 juillet : Aujourd\u2019hui grande balade \u00e0 la gr\u00e8ve de Lilia. D\u2019abord la p\u00eache aux crabes durant la mar\u00e9e basse dans les rochers, puis d\u00eener sur l\u2019herbe en attendant le retour de la mer. Nous sommes sur une presqu\u2019\u00eele et les go\u00e9moniers reviennent du large. Les chevaux ont de l\u2019eau jusqu\u2019au poitrail et tirent des remorques charg\u00e9es d\u2019algues et de go\u00e9mons qui seront revendus pour faire de l\u2019engrais naturel.<br \/>\nJustement un go\u00e9monier repart vers l\u2019\u00eele Vierge, \u00e9loign\u00e9e de la c\u00f4te de 3 km. Le phare est c\u00e9l\u00e8bre car c\u2019est le plus haut de France. Il fait 80 m de haut et on y acc\u00e8de par un escalier en colima\u00e7on de 400 marches. Nous sommes d\u2019attaque pour les gravir. De l\u00e0-haut, nous assistons \u00e0 un spectacle de la mer qui s\u2019attaque aux rochers dans un rejaillissement d\u2019\u00e9cume.<br \/>\nC\u2019est magnifique. La nuit, le phare, gr\u00e2ce \u00e0 un syst\u00e8me de lentilles, porte \u00e0 15 km. Quand nous sommes couch\u00e9s sur nos matelas, dans les salles de classes du coll\u00e8ge, nous voyons glisser le pinceau lumineux qui balaie la nuit r\u00e9guli\u00e8rement. On se sent rassur\u00e9 comme doivent l\u2019\u00eatre les marins qui passent au large. Il n\u2019y a pas \u00e0 dire mais la lumi\u00e8re, c\u2019est la vie.<\/p>\n<p>Jeudi 7 ao\u00fbt : Branle bas de combat. Nous partons pour Brest par l\u2019autobus de 6 h 30. Nous traversons le port, encore plus en ruines que la ville. Quelle d\u00e9vastation ! Nous embarquons sur le remorqueur \u00ab le Crozon \u00bb \u00e0 7 h 30 sous un crachin qui nous mouille jusqu\u2019aux os. C\u2019est bien connu dans la chanson : il pleut toujours sur Brest.<br \/>\nUne heure plus tard, nous d\u00e9barquons dans l\u2019anse du Fret, juste au nord de Crozon pour rejoindre par un bus le gentil port de p\u00eache de Camaret. Rien n\u2019a boug\u00e9, ici, o\u00f9 l\u2019on retrouve la rue des sardiniers, la rue des paludiers. M\u00eame les chalutiers sont au rendez-vous. Ils s\u2019appr\u00eatent \u00e0 partir pour l\u2019ouest de la Grande Bretagne, l\u2019Irlande et m\u00eame le Portugal. Ils embarquent des tonnes de glace et de sel pour une campagne de trois semaines et m\u00eame plus. Une forte odeur de poisson et de goudron nous prend aux narines. Certains se bouchent le nez. Moi, j\u2019aime cette odeur ; c\u2019est celle de l\u2019aventure, du grand large, des rivages lointains.<br \/>\nOn repart pour la pointe de Pen-Hir, o\u00f9 les alignements m\u00e9galithiques cachent un vieux manoir. Derri\u00e8re c\u2019est une immense falaise qui tombe \u00e0 pic dans la mer o\u00f9 des rochers se prolongent par trois gros blocs de granit connus dans tous les guides touristiques ; ce sont les Tas de Pois. Le panorama se r\u00e9v\u00e8le grandiose : criques, caps, anses, pointes se perdent dans une eau bleue qui refl\u00e8te un ciel de m\u00eame couleur. Le beau temps est revenu. Hourrah !<br \/>\nRetour au bus et direction Morgat, une plage de sable fin o\u00f9 nous engloutissons le pique-nique. Des enfants nous assaillent pour tenter de nous vendre des \u00ab pierres d\u2019am\u00e9thystes \u00bb contre quelques sous. On s\u2019\u00e9tonne : les chers fr\u00e8res nous expliquent que leurs parents les envoient, pendant les vacances, aux touristes pour r\u00e9colter quelque argent afin de faire bouillir la marmite familiale. La mis\u00e8re \u00e9tait grande en Bretagne apr\u00e8s la guerre.<br \/>\nNous partons pour le cap de la Ch\u00e8vre, le point le plus avanc\u00e9 au sud dans la baie de Douarnenez. On aper\u00e7oit la pointe du Raz, l\u2019\u00eele de Sein \u00e0 peine, tellement elle est basse sur l\u2019eau, et tout ce littoral d\u00e9chiquet\u00e9 sur lequel les Allemands avaient install\u00e9, en toute h\u00e2te, des stations radar. Nous quittons bient\u00f4t ce promontoire en regardant une derni\u00e8re fois la mer qui miroite, infinie, sous le soleil couchant. Une grande paix descend du ciel. Pas un bruit. Seul le ressac, sur les rochers, fait entendre son bruit r\u00e9gulier et monotone.<br \/>\nDe retour \u00e0 Brest, nous aurons le plaisir de visiter le \u00ab Jean Bart \u00bb qui est en cale s\u00e8che pour r\u00e9parations. Enorme cuirass\u00e9 de 85 000 tonnes, long de 330 m et large de 38 m il embarque, en service, un \u00e9quipage de 2 000 hommes et fonce en mer \u00e0 60 km\/h malgr\u00e9 sa masse \u00e9norme. Nous \u00e9coutons les explications de toutes nos oreilles et d\u00e9vorons les entrailles de ce mastodonte de nos yeux grands ouverts. Et pourtant il est tard et la fatigue se fait sentir. Retour \u00e0 Plouguerneau \u00e0 23 h 30. Quelle magnifique journ\u00e9e !<\/p>\n<p>Nous avons v\u00e9cu trois semaines dans cette ambiance, alternant les baignades, les promenades, les sorties en mer avec les p\u00eacheurs locaux, les visites de St Pol de L\u00e9on ou d\u2019Huelgoat, les calvaires de St Th\u00e9gonnec ou de Guimiliau. Le 8\u00e8me groupe dont je faisais partie \u00e9tait compos\u00e9, sous la direction des fr\u00e8res Floribert et Gr\u00e9gory, de Michel Huguet, Lucien Cappelle, Jean Martin, Claude Desreux, Michel Morlighem et de moi-m\u00eame avec Jack Zimmermann, qui devait devenir ensuite directeur de la Foire Internationale de Lille. A tous ceux qui me font l\u2019honneur de lire ce r\u00e9cit (qui date de 56 ans) mon amical salut.<\/p>\n<p align=\"right\"><em>P.J Desreumaux<br \/>\nPromotion 1947<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-thumbnail wp-image-43  aligncenter\" title=\"Vacances suite..\" src=\"http:\/\/www.anciens-isp-lille.com\/wp-includes\/docs\/Memoires\/vacance3.JPG\" alt=\"Vacances suite..\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bombardement de Lomme Oui, clair ce le fut vraiment, aveuglant m\u00eame, vers minuit trente. Inoubliable, cette vision du ciel illumin\u00e9 de centaines de fus\u00e9es \u00e9clairantes, dans un vrombissement de bombardiers et le signal lugubre des sir\u00e8nes. La Communaut\u00e9 de cette \u00e9poque comptait 18 fr\u00e8res. 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